Marcos fixa le document, puis leva les yeux vers Elena. Pour la première fois, il sembla se rappeler une chose qu’il avait négligée durant tout son mariage : il n’avait jamais pris la peine de lire attentivement la dernière page des contrats qu’elle lui donnait à signer.

Chapitre 3 : La femme derrière l’empire

Tomás posa le dossier sur une table vide. Elena restait debout face à lui, la joue encore rougie, son téléphone rangé dans son sac. Autour d’eux, les invités formaient un cercle silencieux. Certains tenaient leur verre sans boire, d’autres filmaient la chute de Marcos avec leur téléphone.

— Je ne permettrai pas que vous transformiez mon mariage en spectacle, lança Marcos. Rafael le fixa froidement. — Tu en as fait un spectacle au moment où tu as frappé ta femme devant deux cents personnes. — C’était une dispute privée. — Dans une salle pleine d’invités, de caméras et de donateurs, répliqua Gabriel. Nous avons une définition bien différente du mot « privé ».

Vanessa tenta de s’éclipser vers la sortie latérale. Elena la vit. — Où vas-tu ? — Aux toilettes. — Ton sac est sur la table principale. Ton téléphone aussi. Vanessa s’arrêta. — Je n’ai pas besoin que tu me dises où sont mes affaires. — Évidemment. Je pensais juste que tu aimerais les récupérer avant que l’on ne commence à poser des questions sur tes frais de représentation.

Vanessa serra les lèvres et retourna lentement à sa place. Marcos désigna Tomás du doigt. — Montre-moi ce document.

L’avocat sortit plusieurs feuilles et les plaça sous la lumière d’un lustre. — Ceci est une copie certifiée conforme de l’accord de financement initial d’Ortega Global. L’entreprise a reçu son premier investissement majeur il y a six ans, alors qu’elle était au bord de la faillite. — Je le sais, répondit Marcos. C’est moi qui ai négocié cet accord. — Tu as négocié avec un mandataire autorisé. — Exactement.

Tomás tourna une page. — Le mandataire agissait pour le compte d’une société d’investissement nommée Sol de Plata Holdings. Marcos haussa les épaules. — Une société qui m’a prêté de l’argent. J’ai déjà remboursé l’investissement initial. — Il ne s’agissait pas d’un prêt ordinaire, dit Tomás. C’était un investissement convertible assorti de droits de contrôle, de clauses de protection patrimoniale et de conditions strictes pour toute opération bancaire avec des tiers. — J’ai signé ce qu’on m’a présenté. — Et tu en as reçu des copies.

Elena observait le visage de son mari. Elle se souvenait de cette nuit-là. Marcos était rentré à la maison en fêtant la survie de sa boîte. Elle lui avait préparé un café, avait relu chaque clause avec ses avocats et avait disposé les documents devant lui. Il n’avait même pas demandé qui se cachait derrière Sol de Plata Holdings. Il lui avait simplement dit qu’il lui faisait confiance. Aujourd’hui, cette confiance s’était transformée en un piège qu’il avait lui-même aidé à tendre.

— Qui est le propriétaire de cette société ? demanda Marcos. Tomás ne répondit pas immédiatement. Il sortit une seconde feuille. — La participation majoritaire de Sol de Plata Holdings est contrôlée par une fiducie d’entreprise dont la bénéficiaire et directrice autorisée est la personne même qui a approuvé le financement d’Ortega Global.

Marcos fronça les sourcils. — Et qui est cette personne ? Elena s’avança vers la table. — Moi.

Un silence de mort s’abattit sur la salle. Vanessa laissa échapper un rire bref, bien trop aigu pour être naturel. — Toi ? Elena, s’il te plaît. Tu n’as même pas de bureau. Elena la fixa. — J’en ai trois. — Tu vis dans la maison de Marcos. — La maison est au nom d’une société patrimoniale que j’ai fondée.

Vanessa ouvrit la bouche mais ne trouva rien à redire. Marcos secoua lentement la tête. — Non. C’est impossible. — Tu peux consulter les registres publics, dit Elena. Tu peux appeler les banques. Tu peux demander à n’importe quel avocat qui a négocié avec moi durant ces années. — Tu es en train de me dire que tu es la propriétaire de mon entreprise ? — Pas exactement. Je suis l’actionnaire majoritaire de l’entité qui détient les droits de contrôle sur ton entreprise. C’est différent. Tu aimais tellement prétendre que tu t’y connaissais en affaires.

Rafael baissa la tête pour masquer ce qui ressemblait dangereusement à un sourire. Gabriel, en revanche, garda son sérieux. — Elena, pourquoi n’as-tu jamais rendu ta participation publique ?